Que pouvons-nous faire
pour aider les enfants à mieux
COMPRENDRE
et
GÉRER
leurs situations de risque ?
Donald Long
Table des matières
Introduction........................................................................................... 2
1. Une définition du risque.................................................................... 2
2. Le dosage entre des conséquences
positives et des conséquences
négatives......................................................................................... 5
3. Des risques qu’on choisit et
des risques qu’on subit......................... 6
4. Un risque appréhendé est un
risque apprivoisé................................. 7
5. Le risque : un phénomène
avant tout probabiliste............................. 8
6. Le risque : quand la
perception devient réalité................................... 9
7. Le risque implique une
conséquence sérieuse................................... 11
8. Un excès de confiance...................................................................... 12
9. Les véhicules motorisés :
des stéroïdes pour l’ego...........................13
10. Le risque : une décision
faite dans l’ignorance, par insouciance
ou par témérité ?............................................................................ 15
11. De deux choses l’une..................................................................... 16
12. Le défi : un risque
volontaire et contrôlé....................................... 18
13. Le comportement à
risque : le reflet des connaissances
et des croyances............................................................................ 19
14. Le prix de l’expérience.................................................................. 20
15. Pour prévenir un accident, on
doit prévoir un accident................. 21
16. Les accidents domestiques et
dans les environs de la maison........22
17. Quelques éléments
d’une pédagogie scolaire qui vise à aider
les enfants à mieux comprendre et mieux gérer
leurs situations à risque.................................................................. 27
18. Des exemples de
scénarios que pourraient soumettre les enfants..28
19. Les propositions............................................................................ 31
20. Sources.......................................................................................... 33
Que signifient ces icônes
qui apparaîtront souvent dans le texte ?
qui apparaîtront souvent dans le texte ?
Introduction
Si la plupart des activités humaines représentent
un risque, que ce dernier soit banal ou considérable, certaines activités sont
susceptibles d’entraîner des conséquences plus sérieuses que d’autres, donc des
risques plus grands que d’autres. L’importance du risque dépend, en fin de
compte, du sérieux des conséquences qui s’ensuivent.
Par ailleurs, notre culture moderne encourage les
enfants à tenter de nouvelles expériences, à se dépasser et à faire preuve
d’audace. Bref, on les incite à relever des défis, autrement dit à prendre des
risques.
Cependant, est-ce que cette
culture moderne offre aux enfants des conditions pour qu’ils apprennent à percevoir
les dangers réels qui les guettent lorsqu’ils tentent de nouvelles
expériences ?
Proposition no 1. Par le biais d’une
pédagogie qui reconnaît à l’enfant la capacité d’analyser son comportement
quotidien et actuel, on pourrait amener l’élève à prévoir un éventail plus
grand de conséquences qui peuvent découler de ses décisions et de son
agir : des conséquences souhaitées et des conséquences à éviter.
1. Une définition du risque
En général, on définit le risque en fonction de
deux composantes indissociables. Une situation dite de risque combine à
la fois un élément d’incertitude et une conséquence négative dangereuse (Slovic, Fischhoff, et
Lichtenstein (1980), Brown et Groeger (1988), Short Jr (1984) Hillson, D. et
Murray-Webster, R. (2004)).
Une situation qui n’entraîne aucune conséquence
négative ne peut être qualifiée de risquée. En d’autres mots, une situation
risquée est une situation qui représente un danger (Raynor & Cantor (1987)).
Le risque encouru est simplement la probabilité que l’individu a de subir le
danger.
Comme le risque est une perception, il tire ses
racines surtout de l’éducation reçue, de l’apprentissage. Or, si nous pouvons
apprendre à concevoir et à prévoir le risque, un programme scolaire
aiderait sûrement les enfants à identifier les situations qui peuvent
représenter un risque à travers leur vie quotidienne afin d’éviter qu’ils en
soient victimes inutilement. Voilà notre objectif ultime.
Le risque n’existe pas en soi (Slovic, 1992). Le risque
est donc une perception particulière d’un événement à venir : une
prédiction faite par l’individu concerné.
Un individu considère qu’il court
un risque lorsqu’il prévoit qu’une conséquence négative pourrait découler d’un
événement et causer à lui-même ou à son entourage plus de torts que de bien. À ce compte-là, bien de
nos activités quotidiennes peuvent comporter des risques plus ou moins
importants, selon qu’il est suivi d’un danger plus ou moins important.
Un risque existe pour un individu, s’il est en est
conscient. Une conséquence négative n’est pas accidentelle. S’il
n’anticipe pas les conséquences négatives d’une expérience qu’il entend vivre,
il n’y a pas de risque. Son entourage peut, par contre, anticiper des
conséquences négatives à son comportement. Dans ce cas, le risque existe
pour les autres, mais non pour lui.
Par exemple, l’enfant de 2 ans qui échappe à la surveillance de ses parents
et qui traverse la rue sans se soucier des autos n’a pas l’impression de courir
un risque : il n’est pas conscient du danger qu’il court.
Le risque d’être happé par un automobiliste est-il grand ? Tout dépend
du trafic de la rue. Le risque est faible si peu d’autos circulent dans cette
rue. Donc, le risque est élevé lorsque le danger est grand et que la
probabilité est grande que cette conséquence négative se produise. Il est
difficile de dissocier risque et danger. Disons tout simplement que le risque
d’être piqué par un moustique en traversant la rue est grand, mais ce danger
est minime par comparaison à se faire happer par une auto. Donc, il y a danger
lorsque la probabilité est élevée et que la conséquence probable est sérieuse.
Le golfeur qui s’abrite sous un arbre pour éviter une pluie torrentielle ne
sait pas qu’il court le risque d’être frappé par la foudre : lui, il se
croit en sécurité. Comme il ne voit pas la conséquence négative de son geste,
il ne perçoit pas de risque. Comme d’autres croient qu’il risque gros en
s’abritant sous un arbre, on peut dire qu’un risque réel existe. Le risque
dépend donc aussi de la perception des autres autant que de la sienne.
Si le risque est une perception, il ne faut pas
conclure pour autant que le risque n’existe pas en dehors de l’individu.
L’enfant de deux ans qui traverse la rue n’y voit
pas de danger parce qu’il n’est pas conscient des conséquences négatives de son
escapade. Néanmoins, les adultes qui le voient à distance ne peuvent s’empêcher
de s’inquiéter. Le risque peut tout à fait exister par consensus. Un
individu peut courir un risque qu’il ne perçoit pas, mais que d’autres
perçoivent.
L’individu croit qu’il prend un risque lorsque le
résultat d’une activité où il sera impliqué comporte non seulement des
conséquences nuisibles, mais aussi des bénéfices désirables. Il court un
grand risque s’il croit que les inconvénients sont plus probables que les
bénéfices souhaités. Le risque est banal s’il prévoit plus de bénéfices que
d’inconvénients à la suite d’une activité.
De façon générale, l’individu ne pose pas un geste
dans le but de prendre un risque, de subir volontairement un revers. Il se
lance plutôt dans une activité afin d’obtenir des bénéfices et des bienfaits,
de vivre une expérience agréable.
Le risque est une conséquence
et non un objectif en soi.
Voici comment Michel et al. (2002) perçoivent le
risque chez les jeunes. La
prise de risque d’un point de vue développement se conceptualise comme faisant
partie des éléments inhérents aux processus d’acquisition, d’indépendance et
d’individualisationR.M. Lerner and
J.G. Tubman , Developmental contextualism and the study of early adolescent
development. In: R Cohen and A.W Siegel, Editors, Context and development, NJ:
Laurence Erlbaum Associates, Hillsdale (1991).. Tout individu vivant est
confronté dès sa naissance à la nécessité de satisfaire deux besoins contradictoires,
mais appartenant au même processus : la recherche de la sécurité et
l’exploration de son environnement, exploration qui constitue elle-même une
source de risque.
Prendre un risque, c’est peser le pour et le
contre, c’est prendre une décision dans un état d’incertitude, c’est faire un
choix.
Lorsque les conséquences d’une décision ne sont guère
menaçantes, on ne qualifie pas la situation de hautement risquée ou dangereuse.
Bref, on parle de risque lorsque la conséquence
représente un danger important, et lorsque c’est probable
que cette conséquence
négative se produise.
Proposition no 2. Un programme scolaire
devrait amener l’élève à définir ce qu’il entend par une situation dangereuse.
Proposition no 3. Un programme scolaire
devrait amener l’élève à constater que les autres élèves connaissent des
dangers qu’il ignorait, et que ces dangers existent vraiment même s’il ignorait
leur existence.
Proposition no 4. Un programme scolaire
devrait permettre à l’élève de soupeser les bénéfices et les risques associés à
une activité ou à une situation.
2. Le dosage entre
des conséquences positives et des
conséquences négatives
Une situation présente un risque lorsqu’une
conséquence négative sérieuse est plus probable qu’une conséquence positive. L’individu
hésite donc à passer à l’action parce qu’il anticipe un gain, mais aussi
une perte ou un revers (Weber, E. U., Blais, A.-R. et Betz, N. E. 2002).
Une conséquence incertaine n’est
pas nécessairement dangereuse. De plus, une situation dont la conséquence est assurée
n’est pas un risque : c’est une certitude. Pour qu’il y ait un risque, il
doit y avoir des chances qu’une conséquence négative se produise et des chances
qu’elle ne se produise pas. Sans compter, nous le répétons, que la conséquence
négative doit représenter une menace quelconque pour l’individu.
On ne perçoit pas de risque
si on ne perçoit pas de
conséquences négatives.
Il n’est pas surprenant que les publicités
gouvernementales portent le plus souvent sur les conséquences qui peuvent
découler d’un comportement. L’individu prend une décision en fonction de sa
perception du risque, perception qui dépend de l’état de ses connaissances et
de ses croyances (Falba
T.A. et Jofre-Bonet M., 2002). En ciblant les connaissances, on améliore les croyances et,
finalement, la perception du risque.
Il est clair qu’un programme scolaire à cet effet
doit amener l’élève à réaliser que le risque qu’il associe à une activité est
étroitement lié à son niveau de connaissances des conséquences pouvant découler
de cette activité. Il ne peut craindre une activité s’il n’y voit pas de
conséquences graves.
3. Des risques que l’on choisit et
des risques que l’on subit
Il n’y a pas que les risques volontaires
que nous acceptons de prendre. Il y a aussi les risques involontaires
que les autres nous imposent.
Conduire une automobile, c’est prendre un risque volontaire. Mais, circuler
sur une route, c’est aussi subir les risques que les autres automobilistes
amènent sans que nous en ayons le contrôle.
L’enfant qui circule à bicyclette dans les rues du
voisinage profite des plaisirs associés à cette balade et se méfie aussi des
dangers qui le guettent. Comme il est familier avec ce voisinage, qu’il se sent
habile, qu’il connaît bien les habitudes des autres habitants du quartier, il
fait le pari que la probabilité d’un accident sérieux est faible et qu’il peut
se permettre de prendre des risques sans trop se préoccuper.
Ce cycliste est conscient de l’ensemble des
risques qu’il ose assumer et des risques que son milieu lui impose. Il compose
avec des risques qu’il a choisis (conduire une bicyclette) et des risques qu’il
n’a pas anticipés (être happé par un automobiliste).
À cause de la régularité de nos activités
quotidiennes, nous évitons aisément les risques qu’elles comportent. Nous
anticipons même les risques que les autres nous apportent à l’improviste.
En nous rendant au travail, nous manifestons plus de prudence à un endroit
où il y a un risque d’accrochage. On anticipe des accrochages à un endroit
parce qu’il ressemble à d’autres endroits où nous avons constaté des accidents.
Nous survivons grâce à notre capacité de
généralisation. Nous appliquons à plusieurs situations une solution apprise
dans une situation similaire.
Le risque est une caractéristique d’un événement à
venir, et non d’un événement déjà écoulé. Nous apprenons à anticiper et à
reconnaître des situations à risque. Nous apprenons aussi à diminuer le niveau
de risque dans bien de nos activités quotidiennes en anticipant les
conséquences négatives. Nous enregistrons divers indices d’une situation à
l’autre de sorte que nous puissions éviter le plus grand nombre de dangers
possibles et bénéficier d’une vie quotidienne de plus en plus agréable.
Proposition no 5. Un programme scolaire
devrait permettre à l’enfant d’identifier dans des situations de sa vie
courante les dangers que les autres lui occasionnent.
4. Un risque appréhendé est un
risque apprivoisé
On perçoit un risque lorsqu’on l’appréhende.
Le risque est ni plus ni moins qu’une prévision. La difficulté, c’est de faire
preuve de justesse dans cette prévision et de calculer avec finesse le sérieux
du danger. Nous le savons, le risque comporte deux volets étroitement liés :
la probabilité qu’une conséquence négative survienne et l’importance du danger
que représente cette conséquence négative.
Le conducteur ivre a l’impression de ne pas être
affecté par la boisson et se croit plus en contrôle de la situation qu’il ne
l’est en réalité. Sa perception du risque est fausse parce qu’il calcule mal la
probabilité de bien contrôler sa conduite.
Le conducteur ivre a l’impression de ne pas être
affecté par la boisson et se croit plus en contrôle de la situation qu’il ne
l’est en réalité. Sa perception du risque est fausse parce qu’il calcule mal la
probabilité de bien contrôler sa conduite.
Ce mauvais calcul dépend de ses croyances quant à
l’ébriété : ses croyances l’empêchent d’être conscient des conséquences
véritables de l’ébriété sur sa capacité à conduire. Par surcroît, l’individu
qui conduit en état d’ébriété ne peut pas se rendre compte à quel point ses
habiletés normales sont affectées. Conduire en état d’ébriété n’amène pas, ipso
facto, le conducteur à constater à quel point l’état d’ébriété affecte sa
conduite.
Cette capacité d’appréhender ou de prévoir des
risques se développe en interaction avec l’environnement à partir de la
naissance. La perception du risque se construit sous l’influence de
multiples facteurs, tant et si bien que chaque individu développe sa propre façon
de gérer les risques qu’il encourt.
On peut parler d’une attitude
personnelle envers le risque.
Somme toute, notre façon d’agir après avoir évalué
les risques d’une situation dépend de notre capacité à évaluer ces risques,
surtout à percevoir les conséquences négatives qui sont rattachées à cette
situation (Furby and
Beyth-Marom, 1992)
Le skieur nautique, qui ne porte pas de gilet de sauvetage, se croit
probablement à l’abri d’une chute. Il se croit probablement aussi à l’abri de
la noyade en cas d’avarie. Comme il juge que le risque de chute et de noyade
est minime, il préfère ne pas s’encombrer d’un gilet de sauvetage. Sa prévision
s’appuie sur ses croyances, sur la confiance qu’il a dans ses habiletés.
Notre perception du risque est
alimentée par nos croyances que nous façonnons au fil du temps et de nos
expériences. Il ne faut pas s’étonner que la perception du risque varie
considérablement entre les individus.
Proposition no 6. Un programme scolaire
devrait amener l’élève à constater comment il agit en général face au danger,
et à comparer son approche avec celles privilégiées par les autres élèves.
Proposition no 7. Un programme scolaire
devrait permettre à l’élève de réaliser pourquoi il agit d’une façon plutôt que
d’une autre face à des situations à risque.
5. Le risque :
un phénomène avant tout
probabiliste
Lorsque le nombre d’accidents augmente d’une année
à l’autre, doit-on conclure que les automobilistes sont moins prudents d’une
année à l’autre ?
Le nombre d’accidents dans un secteur de
l’activité humaine peut simplement refléter une augmentation dans le nombre
d’activités entraînant, par le fait même, une augmentation dans le nombre
d’accidents. Bref, il y a une différence entre un nombre brut d’accidents
(nombre total) et un taux d’accidents (proportion).
La population augmente, les activités humaines se
multiplient, les développements technologiques et mécaniques foisonnent, créant
ainsi une explosion d’occasions où les individus sont susceptibles
d’être victimes du hasard et du choc d’événements. La société nous incite à
vivre de nouvelles expériences, à profiter des opportunités et à interagir
davantage avec le milieu humain et physique. Bref, le risque est encouragé, et
les enfants n’y échappent pas.
Même si le risque fait partie intégrante de toutes
les activités humaines, ceci ne signifie pas que nous sommes impuissants à le
prévenir. Au contraire. Puisqu’on doit s’attendre à un nombre croissant
d’accidents du simple fait que le nombre d’activités humaines augmente, c’est
crucial de responsabiliser les individus en bas âge à cette réalité avec
laquelle ils devront composer tout au long de leur existence.
Il est impérieux d’apprendre le plus tôt
possible à anticiper des situations qui comportent des risques. Nous osons
croire que l’appréhension se cultive.
Proposition no 8. Un programme scolaire
devrait amener l’élève à découvrir pourquoi il oublie d’anticiper des dangers
lorsqu’il est fortement intéressé par une nouvelle activité ou aventure.
6. Le risque :
quand la perception devient la
réalité
Si certains prétendent que le risque n’existe pas
en soi, la perception du risque est bien réelle. Elle est une prédiction
faite par un individu qui perçoit une possibilité de danger quelconque s’il
agit d’une façon plutôt que d’une autre.
Un cycliste peut estimer qu’il court un plus grand
risque à rouler dans les sentiers du parc municipal que dans les rues du
village. D’autres, cependant, affirmeront que les rues sont le théâtre
d’accidents plus sérieux que les sentiers d’un parc. La perception du risque
varie entre les individus. À bien des égards, il est difficile de distinguer un
risque universel, reconnu par tous, et un risque individuel
identifié par l’individu.
Dès que l’individu est incertain de la conclusion
d’un événement, il perçoit un risque. S’il est assuré du résultat de sa décision,
il n’y a pas de risque. S’il n’hésite pas à poser un geste, il ne voit généralement
pas de conséquences négatives importantes à poser ce geste. Mais, sa perception
est-elle juste ?
En général, on dit que l’individu court un grand
risque lorsque les conséquences probables à subir sont sérieuses, et non pas
nécessairement parce que le niveau d’incertitude est élevé.
Acheter un billet de loterie ne peut être considéré comme un grand risque
parce que la probabilité de ne pas gagner est énorme et que la mise est minime.
Ce risque particulier n’est pas jugé comme sérieux surtout parce que la
conséquence de perdre un dollar est plutôt insignifiante, et non parce que la
probabilité de perdre est élevée.
Par contre, il existe des situations qui ne cadrent
pas tout à fait avec l’équation générale. Certains événements ne se produisent
que rarement, mais la conséquence de ces événements est incontestablement
désastreuse.
Certains scientifiques ne craignent peut-être pas
les accidents dans un réacteur nucléaire parce que leur perception est basée
sur des connaissances techniques : pour eux, un accident nucléaire est
peu probable et un arsenal de systèmes empêche un tel accident d’être
dramatique, enfin, c’est ce qu’on nous laisse croire !
Les citoyens qui habitent dans le voisinage du
réacteur trouvent, au contraire, que leur vit est en danger. Leur perception
est davantage alimentée par leurs connaissances élémentaires du nucléaire, par des
croyances populaires souvent mal fondées et par des peurs exagérées. Chaque
classe sociale se prémunit du danger en se référant à son propre système de croyances
(Jenkin, C. M. 2006)
Pour la population générale, une centrale
nucléaire représente un grand risque non pas parce que les accidents y sont
fréquents, mais parce que la conséquence d’un tel accident est tout
simplement désastreuse. Chacun a développé, pour ainsi dire, une perception
du risque dans ce domaine de manière à vivre avec la conséquence d’un accident
nucléaire sans vraiment l’accepter. Les scientifiques se protègent en alléguant
que les contrôles sont amplement suffisants, et la population se protège en alimentant
un scepticisme quant à l’ensemble de cette industrie.
On pourrait en dire autant du transport aérien :
un avion qui s’écrase au sol laisse peu de chance de survie aux passagers. Même
si on diminue la probabilité d’occurrence d’un événement dont les conséquences
sont sérieuses, il ne faut pas se surprendre que cet événement peu fréquent
soit perçu comme un grand risque et qu’il provoque de fortes émotions. Tous les
avions tombent du ciel : la grande majorité sur leurs roues, les autres
sur le nez…
La population générale s’accroche parfois à des
perceptions difficiles à changer par rapport à certaines activités. La raison
de cet entêtement est souvent la gravité des conséquences de certains
risques.
Parmi ces activités, il y a le
parachutisme. Les parachutistes s’adonnent à leur sport favori avec une
discipline et une minutie exemplaires. Tout est mis en œuvre pour rendre cette
activité sécuritaire : les accidents dans ce domaine sont peu fréquents.
Cependant, un accident de parachutisme est la plupart du temps sérieux, fatal,
ce qui explique sûrement pourquoi le parachutisme est vu dans la population
générale comme un sport d’élite à haut risque quoiqu’on en dise et quoiqu’on
fasse pour changer cette perception répandue.
Ces exemples montrent qu’il existe des situations
fort risquées qu’on peut parfois éviter (le parachutisme) ou que nous devons
accepter contre notre gré (centrale nucléaire).
Les risques ne peuvent être
carrément éliminés :
ils ne peuvent qu’être mieux gérés.
ils ne peuvent qu’être mieux gérés.
Proposition no 9. Un programme scolaire
devrait amener l’élève à prendre conscience des émotions qu’il vit lorsqu’il
fait face à des situations à risque. Lorsqu’il a peur, de quoi a-t-il peur au
juste ?
7. Le risque implique une
conséquence sérieuse
Comme nous l’avons déjà mentionné, lorsqu’on parle
d’un grand risque, c’est pour signifier qu’une conséquence sérieuse est
probable. La probabilité qu’un avion explose en vol est minime. Cependant, comme
nous venons de le souligner, parce que cette conséquence peu probable est très
sérieuse, on considère généralement que le transport aérien comporte des
risques indéniables. C’est la conséquence d’une explosion en vol qui
alimente avant tout cette perception du risque et non la fréquence ou le
nombre d’explosions en vol.
C’est à se demander si la majorité des situations
que nous considérons comme des risques importants ne sont pas fondées sur des
croyances véritables.
Certaines activités humaines sont aisément qualifiées de risquées. Par
exemple, l’alpinisme, piloter une voiture de course et faire du ski
acrobatique. D’autres activités sont perçues à divers degrés de risque. Par
exemple, faire de la moto comporte bien des risques pour une bonne partie de la
population ; d’autres craignent moins cette activité et se sentent à
l’aise de rouler en moto.
Le risque qu’on attribue à une activité varie de
façon importance dans la population générale. Cette variabilité dépend sûrement
de la façon de voir les conséquences positives et négatives qui peuvent
découler de l’activité comme telle. En fait, la perception du risque dépend de
nombreux facteurs qui relèvent surtout de l’apprentissage, de l’éducation.
Par exemple, la gymnastique comporte des risques
imminents de blessures. Certains individus sont prêts à courir un tel risque.
Pour eux, les bénéfices prévus l’emportent aisément sur les blessures
possibles.
Si l’individu croit qu’une activité n’entraînera
pas nécessairement des conséquences graves pour son intégrité ou sa santé, il
est concevable qu’il juge que l’activité n’est pas tellement risquée. C’est à
se demander si l’individu qui espère retirer des bénéfices substantiels d’une
activité tend à diminuer l’importance des dangers qui le guettent. Est-ce le
cas des professionnels qui pratiquent des sports violents et dangereux ?
Le salaire est-il tellement alléchant que les risques deviennent banals ?
Par conséquent, la décision de prendre un risque
dépend du poids relatif accordé aux bénéfices
et aux dangers associés à
l’activité.
Proposition no 10. Un programme scolaire
devrait permettre à l’élève de réaliser dans quelles conditions il accepte de
prendre un risque et dans quelles conditions il refuse de prendre un risque.
8. Un excès de confiance
Une vie normale et régulière ne peut être imaginée
sans une confiance en soi, voire un excès de confiance. Il est souhaitable de
prendre des risques, de relever des défis.
L’excès de confiance empêche-t-il l’individu
d’appréhender des dangers ou lui donne-t-il l’impression d’être à l’abri des
dangers ?
Le conducteur qui croit que quelques consommations ne le privent pas de ses
habiletés s’expose tôt ou tard à une situation qui va le mettre à l’épreuve. La
plupart des conducteurs ignorent l’effet véritable de quelques consommations
d’alcool sur leur habileté à conduire. Ils ne voient la différence dans leur
façon de conduire que lorsqu’une situation exige de réagir rapidement. Ces
conducteurs savent qu’en général l’alcool affecte l’habileté à conduire.
Cependant, après quelques consommations il n’est pas certain qu’ils se rendent
vraiment compte de la différence.
Un conducteur expérimenté, surtout s’il n’a jamais
été impliqué dans un accident, peut finir par croire qu’il ne fait pas d’erreur
et que sa longue expérience l’immunise contre les accidents. Il finit par banaliser
des risques sérieux en plus de croire qu’il est peu probable qu’il soit
impliqué dans un accident.
Le fait d’être familier avec une situation à
risque ne signifie pas que les accidents deviennent de moins en moins
probables. Le travailleur de la construction qui grimpe maintes fois par jour
dans un échafaud peut finir par se croire à l’abri des accidents en péchant par
excès de confiance. (Real, K. 2008). Il reste que la nature de cette
situation fait qu’elle comporte des risques permanents et imminents même
pour un travailleur expérimenté.
Qui que nous soyons, nous ne pouvons vivre une vie
normale en évitant toutes les situations à risque. On doit composer avec les
dangers de la vie quotidienne en apprenant à reconnaître les dangers sérieux et
à les éviter le plus possible.
Il est rare qu’un individu soit frappé par la
foudre. Par contre, nous savons que la foudre se cherche toujours un objet
isolé et élevé pour laisser passer son énergie. Il n’est pas surprenant qu’au
moindre signe d’une forte pluie on mette fin à une compétition sportive :
nous savons par expérience que les joueurs sont des cibles potentielles pour la
foudre.
On évite un danger lorsqu’on croit qu’on peut en
être victime. Dès qu’on cesse de croire qu’un danger est improbable pour soi,
on court un risque imminent : l’insouciance tue, parfois.
Proposition no 11. Un programme scolaire
devrait amener l’élève à découvrir comment éviter les dangers ou à mieux vivre
avec.
Proposition no 12. Un programme scolaire
devrait faire découvrir à l’élève que certaines activités, de par leur nature,
comportent des risques et des dangers plus que certaines autres.
9. Les véhicules motorisés :
des stéroïdes pour l’ego
Les véhicules motorisés sont surtout reconnus pour
leur puissance et leur vitesse. Notre culture valorise ces aspects
indissociables du véhicule motorisé. Les constructeurs font porter leur
publicité sur la performance davantage que sur le confort ou l’utilité pratique
de leurs véhicules.
Depuis quelque temps, la publicité des
constructeurs a pris un nouveau tournant. Elle tente de nous convaincre de voir
le véhicule motorisé comme un instrument de réalisation de soi, de réussite
personnelle et d’accomplissement.
Leur publicité montre des conducteurs qui
réalisent des prouesses spectaculaires et fort risquées. Elle repousse sans
cesse les limites du risque acceptable. Elle ne valorise que le côté agréable
des aventures avec un véhicule motorisé. Rien n’est fait pour que le
téléspectateur soit conscient des risques qui accompagnent indéniablement ces
véhicules récréatifs.
Voici la conclusion générale de l’étude menée
par la Dre. Najma
Ahmed auprès de 260 adolescents de la région de Toronto en 2008 : Les
conducteurs adolescents courent le plus grand risque de blessures et de morts
dus à des accidents de véhicules motorisés, parmi les groupes démographiques du
Canada. L'observation d'étudiants de quelques écoles secondaires de Toronto a
toutefois conclu que la majorité de ces adolescents étaient inconscients de ces
risques.
Le culte du véhicule motorisé dans notre
société est indéniable : c’est tout juste si les constructeurs
n’essaient pas de nous faire avaler que leurs véhicules ont des vertus thérapeutiques.
La publicité des constructeurs nous fait croire aussi
qu’il y a en nous un potentiel que nous pouvons développer grâce au véhicule.
Le véhicule ne permet pas seulement de faire les choses autrement, mais de se
réaliser.
Le véhicule motorisé est bien plus qu’un simple
moyen de transport : il permet des expériences pleines de nouvelles
émotions et de défis palpitants. Le marché est maintenant inondé d’une variété
de véhicules récréatifs conçus expressément pour réaliser des prouesses. Leur vocation
principale, ce n’est pas de transporter les gens, mais de leur permettre de s’amuser.
Comme leur vocation est surtout récréative, il est d’autant plus difficile
pour les jeunes de les voir aussi comme une source importante de danger.
Les véhicules font partie
intégrante de notre société :
les bouder n’amène à rien.
Il ne reste qu’à devenir davantage conscients des
risques qu’ils posent et de prendre des dispositions pour les éviter. Un
programme scolaire pourrait amener les enfants à analyser leurs activités
récréatives pour identifier les facteurs qui entraînent des accidents
fâcheux, même si ces accidents ne sont pas toujours sérieux.
Si les enfants apprennent, au niveau primaire, à
détecter comment leurs activités récréatives tournent parfois au vinaigre, il
est raisonnable de croire qu’à l’adolescence ils seront davantage conscients
des risques entraînés par l’usage de véhicules motorisés.
Il est surtout important que les
enfants
réfléchissent aux activités
qu’ils ont vécues
et non à des activités fictives.
L’idée derrière cette approche
pédagogique, c’est d’apprendre aux enfants à reconnaître des dangers là où il
est sensé n’avoir que du plaisir et à déclencher leur appréhension là où un
véhicule quelconque est impliqué.
Proposition no 13. Un programme scolaire
devrait amener l’élève à comprendre ce que les véhicules motorisés représentent
pour lui.
10. Le risque :
une décision faite dans
l’ignorance, par insouciance ou par témérité ?
Lorsqu’un individu prend un risque qui attise notre
inquiétude (et non la sienne…), prend-il ce risque parce qu’il n’entrevoit pas
les conséquences négatives, parce qu’il croit peu probables les conséquences
négatives ou parce qu’il représente un défi à surmonter ?
L’adolescent qui fait des prouesses avec un
véhicule tout terrain croit peut-être que la probabilité qu’il fasse un
accident est faible. Il fait le plein de sensations fortes en conduisant. S’il
croit que les blessures qu’il pourrait subir lors d’un accident sont plutôt
mineures et qu’il s’en remettra de toute façon, ce n’est pas de la témérité,
mais plutôt de l’ignorance. Les observateurs croient qu’il fait preuve
d’audace, alors que lui fait preuve d’ignorance : il connaît mal les
conséquences négatives des prouesses en véhicule à moteur. À le voir réaliser
des acrobaties, on devine la perception qu’il a du risque.
Peut-être aussi qu’il a une bonne idée des dangers
liés au véhicule tout terrain. Il ne craint pas de tenter toutes sortes de
prouesses tout simplement parce qu’il se sent invincible et que les
blessures qu’il pourrait subir ne laisseront pas de traces.
La perception qu’il a du risque
encouru dépend de la reconnaissance du danger inhérent à la situation.
Cette perception varie selon l’événement, le
temps, l’expérience, l’encadrement familial, les valeurs culturelles, les
traits de caractère, mais surtout de la connaissance des conséquences positives
et négatives associées à une activité.
Le cycliste habile et expérimenté ajuste sa perception du risque en
fonction de facteurs qui dépendent aussi de sa subjectivité en plus des
caractéristiques de la situation. La perception du risque est une activité
cognitive complexe parce qu’elle porte sur de multiples composantes
simultanément et que la plupart de ces composantes constituent des estimations.
Proposition no 14. Un programme scolaire
devrait amener l’élève à constater à quel point il est capable de faire les
activités auxquelles il s’adonne régulièrement sans danger.
11. De deux choses l’une…
Des conséquences négatives peuvent ou non se
produire lorsque l’enfant fait une activité. Une conséquence négative peut être
sérieuse. Donc, l’enfant doit faire deux estimations distinctes : (1) La fréquence
d’une conséquence négative ; (2) La dangerosité d’une conséquence
négative. Il doit prédire à quel point, en se baladant à bicyclette, il est
probable qu’il fasse une chute et, s’il fait une chute, à quel point cette
chute sera sérieuse.
Il y a un certain intérêt à amener les enfants à
raffiner leur capacité comme telle à prédire un événement : faire une
chute ou non. Par contre, il y a un intérêt encore plus vif à les amener à prévoir
des conséquences néfastes d’une situation : se blesser légèrement ou
gravement.
Plus l’enfant donnera de la considération aux conséquences
graves dans son processus de décision, moins il prendra de risques à
l’aveuglette. C’est davantage la dangerosité d’une situation qui est
dissuasive plutôt que la probabilité qu’une conséquence négative survienne.
La perception du risque relève de la connaissance
et des croyances que l’on a par rapport à une situation. L’enfant qui ne
connaît pas les conséquences de traverser une rue sans s’assurer si des autos
circulent court un risque imminent d’accident. Il n’est pas suffisant de simplement
l’informer des probabilités qu’une auto passe dans sa rue chaque heure de la
journée. Il est plus efficace d’amener l’enfant à percevoir des situations qui
posent un risque à son intégrité, à sa santé et à sa sécurité personnelle.
Instinctivement, l’enfant tend à se protéger des dangers qu’il perçoit. Par
contre, la perception de ces dangers n’est pas instinctive, innée. L’enfant
ne peut craindre ce qu’il ignore.
Nous croyons même que l’enfant peut apprendre à
identifier des dangers par lui-même en généralisant à partir de situations
similaires qu’il a déjà vécues.
L’enfant qui apprend à prévoir des dangers en
faisant de la bicyclette finira par reconnaître des dangers semblables qui
impliquent un autre type de véhicule ou une activité où la vitesse entre en jeu.
Une chute à bicyclette ou une chute en descendant une pente de ski, ça reste
une situation qui peut occasionner des blessures plus ou moins sérieuses.
Il n’est pas nécessaire
d’enseigner à l’enfant tous les dangers imaginables et pour toutes les
situations. Des expériences convaincantes avec quelques situations suffisent à l’enfant
pour être davantage alerte dans d’autres situations semblables.
Le risque est encouragé dans notre société
progressiste : c’est le moteur du changement et du développement
personnel. L’enfant participe à diverses activités et espère en retirer des
bénéfices : il rêve grand et on l’incite à rêver grand. Nous mettons tout
en œuvre pour qu’il ait le goût de relever de nouveaux défis.
Proposition no 15. Un programme scolaire
devrait amener l’élève à réaliser que les dangers sont autant probables que les
bénéfices qu’ils souhaitent retirer d’une activité.
12. Le défi :
un risque volontaire et contrôlé
Un risque pour l’un, c’est un
défi pour l’autre.
Les recherches démontrent que l’individu accepte un risque plus élevé si
son geste est volontaire et qu’il a l’impression de contrôler la situation. Par
exemple, un passager dans une automobile se sent moins à l’aise que lorsqu’il
est conducteur : c’est l’illusion du contrôle.
L’investisseur qui décide d’acheter telles actions en bourse plutôt que
telles autres va en acheter beaucoup plus parce que c’est lui qui prend cette
décision et non un courtier. Un dicton populaire appuie ce résultat de
recherche : on est mieux servi par soi-même que par les autres. Vraiment ?
Il y a de nets avantages à se fier à d’autres et à douter de soi.
La perception du risque est subjective. On accepte
mieux un risque s’il découle de notre décision. Est-ce dans ce cas que nous
parlons de défi personnel ? Lorsque le même risque est recommandé par
d’autres, on est plus réticent. Est-ce dans ce cas que nous parlons de
risque ?
Un programme scolaire pourrait-il amener les
élèves à réaliser qu’ils ont tendance à surestimer leurs habiletés et à
sous-estimer les chances d’être victimes de leur manque d’expérience (Moe,
1986) ? Qu’est-ce qui leur fait croire qu’ils sont plus à l’abri des risques
que les autres ?
Il est surprenant de constater qu’un accident ne
rend pas l’individu davantage prudent, bien au contraire. Frôler un accident
sérieux ou être impliqué dans un accident sérieux, c’est l’apprivoiser :
on craint moins les accidents par la suite (De la rue, Denise et Ruback, R.
Barry 1987). Ces accidentés adolescents ont plutôt tendance à faire porter la
responsabilité de l’accident sur tout sauf eux-mêmes (Carbone, 2005).
Que peut-on faire pour que les
jeunes comprennent que, puisqu’ils sont en apprentissage de toutes sortes, les
erreurs de parcours sont inévitables ? Que peut-on faire pour qu’ils
comprennent que certaines de ces erreurs inévitables peuvent être dangereuses
et fort risquées ?
Une situation est dangereuse s’il
est probable que l’individu impliqué subisse des sévices quelconques.
Quelle pédagogie faut-il mettre en place pour que
les jeunes admettent qu’ils peuvent être victimes de situations contre leur gré,
même s’ils se sentent en contrôle de la situation ? Les accidents
n’arrivent pas qu’aux autres : ils arrivent aussi à ceux qui ne faisaient
que relever un défi.
Proposition no 16. Un programme scolaire
devrait permettre à l’enfant de réaliser que le fait de se sentir en contrôle
dans une situation n’élimine pas les dangers pour autant.
13. Le comportement à risque :
un reflet des connaissances et
des croyances
Il est largement reconnu que les situations jugées
à risque sont caractérisées par de l’incertitude. L’individu choisit d’agir
d’une manière particulière croyant ainsi diminuer cette incertitude. Son choix
est éclairé par ses croyances qui sont appuyées, elles, sur ses connaissances.
On pourrait tout aussi bien soutenir que son choix n’est pas éclairé par ses
croyances, mais plutôt biaisé par ses croyances. Si ses connaissances
sont erronées, ses croyances le sont tout autant. (Kouabenan, 2007). Par
conséquent, les conséquences agréables qu’il souhaite peuvent ne pas se
produire, sans compter que des conséquences désagréables pourraient
littéralement lui tomber sur la tête.
Les situations à risque sont souvent complexes. L’individu
qui prend un risque ne peut pas prédire l’issu de la situation avec justesse,
de là l’incertitude. Ce qui ajoute à cette incertitude, c’est le manque de contrôle
sur bien des facteurs reliés à cette situation. Il procède à l’évaluation de la
situation en fonction de ce qu’il connaît d’une situation similaire. Il prend
une décision en fonction de l’état de ses connaissances de la situation
(Michel, G., Purper-Ouakil d. et Mouren-Siméoni, M. C. (2002)).
Par exemple, un nouvel employé dans une cuisine de restaurant est exposé à
des risques qui lui échappent. Il doit tout de même se familiariser avec des
appareils qu’il connaît plus ou moins. Moins il est familier avec ces machines,
moins il connaît leur fonctionnement et plus il risque de commettre une erreur
qui entraîne des conséquences fâcheuses. Cet employé peut se dire confiant
d’opérer de nouveaux appareils. Il a confiance dans ce qu’il sait faire.
Le risque qu’il court, cependant, vient de ce
qu’il ne connaît pas de ces nouveaux appareils. Même s’il ne perçoit pas les risques posés par
ce nouvel environnement, les risques existent quand même. Il est probable que
ces risques se présenteront parce qu’il ne les anticipe pas. Ce nouvel
employé va peut-être poser des gestes qui vont le placer dans une situation à
risque imprévue. Un accident pourrait se produire, non pas parce qu’il est
maladroit, mais parce qu’il ne voit pas l’utilité de passer en mode
appréhension.
Une fois que l’individu décide de passer à l’acte,
de choisir d’agir d’une façon plutôt qu’une autre, l’incertitude s’évanouit.
Convaincu de son choix, il prend une décision et passe à l’acte. Cependant,
même s’il est certain de son choix, ça ne veut pas dire qu’il n’y a plus de
dangers. Le nouvel employé qui décide de mettre sous tension un appareil
dont il connaît mal le fonctionnement ouvre la porte à des dangers imprévus. Il
prend un risque parce que sa décision de mettre en marche l’appareil n’est pas
basée sur une connaissance profonde du fonctionnement de l’appareil et de ses
habiletés à l’opérer de façon sécuritaire.
L’enfant qui s’interroge à savoir s’il va grimper
dans un arbre est face à un défi, mais à un risque aussi. S’il décide de ne pas
y grimper, le risque s’évanouit. S’il décide du contraire, il se place dans une
situation de risque parce que, maintenant, diverses conséquences se présentent,
des positives et des négatives. Lorsqu’il passe à l’action, les dangers,
qu’il les ait anticipés ou non, surgissent subitement.
L’évaluation que l’enfant fait des risques associés à une situation dépend,
entre autres, de son expérience avec des situations semblables. L’enfant qui
passe ses vacances au bord de la mer et qui fait partie d’une équipe de
natation devient bon nageur et familier avec les risques de ces environnements.
Il est bien équipé pour anticiper les dangers de se baigner dans une rivière avec
ses amis, même si la rivière est un nouvel environnement pour lui. Il a
probablement déjà été surpris par les courants sous-marins ou la dépression
subite du fond marin, ce qui le rend plus méfiant et plus prudent. Ses
connaissances acquises jusque-là le rendent plus méfiant.
Lorsque l’on parle de la connaissance qu’un enfant a d’une
situation à risque, on se réfère à des connaissances acquises et intégrées à
la suite d’expériences vécues, et non des connaissances encyclopédiques ou
statistiques. Mais, un enfant expérimenté avec une situation à risque est-il
plus prudent ?
Proposition no 17. Un programme scolaire
devra amener les élèves à découvrir comment ils sont devenus méfiants face à
certaines situations, comment ils ont développé de l’appréhension envers des
situations particulières qu’ils jugent maintenant comme des dangers.
14. Le prix de l’expérience
L’appréhension des dangers liés à une situation se
développe surtout avec l’expérience. Plus souvent on se retrouve dans une
situation, mieux on connaît les conséquences qui surgissent généralement dans
cette situation. C’est ainsi que l’individu apprend à calculer la probabilité
qu’une conséquence négative se produise et à mesurer la dangerosité de cette
conséquence négative.
Dans une usine, par exemple, on transmet aux nouveaux travailleurs une
sorte de mémoire collective des dangers, un répertoire des
situations qui peuvent entraîner des accidents. Les parents font un peu la même
chose envers leurs enfants.
Des recherches démontrent que les nouveaux
travailleurs – peu importe l’âge – sont plus exposés aux accidents de travail
dans le premier mois suivant leur entrée en fonction (Institut de recherche sur
le travail et la santé, 2007). Les nouveaux travailleurs anticipent moins que
les travailleurs expérimentés les situations à risque. Une étude américaine
révèle que 80 % des accidents de travail chez les adolescents se produisent en
l’absence d’un superviseur. Ces adolescents ne peuvent pas anticiper des événements
qu’ils ne connaissent pas : le risque est encore plus grand si un adulte
expérimenté ne les avise pas. Aux yeux
des adultes expérimentés, bien des jeunes paraissent prendre des risques inquiétants :
ils les regardent évoluer et anticipent des conséquences négatives à la suite
de leur façon d’agir, mais pas les jeunes.
Les adultes doivent-ils se
contenter d’attendre patiemment sur la ligne de côté que les enfants fassent
leurs propres expériences sans intervenir d’une quelconque façon pour leur
éviter des dangers sérieux ?
Proposition no 18. Un programme scolaire
devrait permettre aux élèves de bâtir un répertoire de situations à risque
pertinentes à leur propre vie quotidienne.
15. Pour prévenir un accident,
on doit prévoir un accident
Un piéton qui traverse une rue et qui constate depuis
longtemps que la rue n’est pratiquement jamais achalandée est moins alerte, car
il se méfie moins des risques. Par contre, si la rue est sans cesse achalandée,
il développera de bonnes habitudes de sécurité. Le risque d’être happé par un
automobiliste est diminué. Mais, si la circulation dans cette rue est plutôt
variable, quelle est au juste la perception qu’il a du danger ?
La crainte du danger ne vient pas seulement de la sévérité des conséquences
négatives possibles. Le piéton va sûrement se méfier d’une situation qu’il ne
peut pas prédire avec certitude. Plus il est incertain quant à la fréquence
d’occurrence d’un événement, plus il reste alerte et méfiant. Lorsqu’on
peut prédire avec régularité un événement négatif, on finit par ne plus le craindre :
on croit le contrôler. Dès qu’on devient moins alerte, on augmente le risque.
La crainte du danger ne vient pas seulement de la
sévérité des conséquences négatives possibles. Le piéton va sûrement se méfier
d’une situation qu’il ne peut pas prédire avec certitude. Plus il est
incertain quant à la fréquence d’occurrence d’un événement, plus il reste
alerte et méfiant. Lorsqu’on peut prédire avec régularité un événement
négatif, on finit par ne plus le craindre : on croit le contrôler. Dès
qu’on devient moins alerte, on augmente le risque.
Les enfants doivent apprendre à estimer la
fréquence d’un événement. Les enfants qui s’amusent à la gare du chemin de fer
ont toujours constitué un casse-tête pour les administrateurs. De fâcheux
accidents s’y produisent parce que les enfants sont incapables de prédire tous
les aspects de cet environnement. Aux États-Unis, chaque année, environ 500
enfants meurent en passant sur le chemin de fer ou en jouant à la gare à l’insu
des employés (Daily Record, 2008).
Reconnaître que de fâcheuses conséquences
peuvent découler d’un événement, c’est une chose. Mais, reconnaître qu’on peut
être la victime d’une conséquence fâcheuse, c’est autre chose. Les enfants, qui
ont une trop grande confiance dans leur capacité à contrôler un événement,
finissent par se sentir à l’abri des dangers.
Vraiment, la meilleure protection pour
l’enfant,
c’est le doute qui le force à
rester vigilant.
La réalité de tous les jours doit se charger de
nous faire penser que des dangers sont toujours là, et qu’ils attendent en
silence. Un conducteur qui respecte les limites de vitesse et qui n’a jamais
été impliqué dans un accident se croit meilleur qu’il ne l’est en réalité
(Thielen, I. P. 2005). Un accident à 100 km à l’heure n’est pas moins grave parce
que le conducteur a toujours été prudent. La prudence ne diminue pas la gravité
d’un accident, elle diminue plutôt la probabilité d’avoir un accident. Un
conducteur qui respecte les limites de vitesse croit-il qu’en deçà de ces
limites, il est en sécurité, et qu’au-delà de ces limites, il n’est plus à
l’abri du danger ?
Par ailleurs, le casque protecteur n’empêche pas
l’enfant d’avoir un accident de bicyclette. Il diminue plutôt la gravité des
blessures en cas d’accident.
Des distinctions comme celle-là doivent être bien
comprises par les enfants dès que possible. Si on pouvait amener les enfants à
comprendre ce qui amène du danger dans une situation régulière de leur vie, ils
agiraient d’une façon plus rationnelle dans les situations où il est
nécessaire d’hésiter avant d’agir. Les morsures de chien chez les enfants sont
fréquentes. Ne pourrait-on pas aider les enfants à expliquer comment ils ont pu
se faire mordre ? Se faire mordre par un chien tient-il seulement du
hasard ?
Proposition no 19. Un programme scolaire
devrait amener chaque élève à apprendre à estimer mieux la fréquence d’un
événement ainsi que la probabilité qu’une conséquence négative survienne.
Proposition no 20. Un programme scolaire
devrait amener les élèves à réaliser que pour appréhender les dangers on doit
d’abord croire qu’ils peuvent surgir à l’improviste.
16. Les accidents domestiques et
dans les environs de la maison
À chaque jour, au Canada, 60 enfants âgés de
moins de 5 ans sont victimes à la maison de blessures assez sérieuses pour
exiger une hospitalisation. Les principales causes de ces accidents sont les
chutes, les brûlures et l’empoisonnement (Safe Kids Canada, Safer Homes for Children A Guide to Communities, 2006).
Les accidents domestiques sont moins spectaculaires et
moins médiatisés que les accidents routiers, mais beaucoup plus nombreux. Les conséquences
d’une chute dans l’escalier, d’un empoisonnement, d’une brûlure ou d’une
collision à bicyclette sont souvent sévères et laissent des traces permanentes.
Ces accidents affectent les familles en handicapant les enfants qui doivent
composer avec une infirmité le reste de leur vie. Sans compter les accidents où
les enfants ont perdu la vie carrément.
Les accidents domestiques font partie des accidents de
la vie courante (AVC). Qu’est-ce qu’un accident de la vie courante ? La MAIF (Mutuelle Assurance des
Instituteurs de France) en donne la définition suivante : Un accident de la vie courante (AVC) est un traumatisme non
intentionnel subi par une personne, qui n'est ni un accident de la route, ni un
accident du travail. Entrent dans cette catégorie : les accidents domestiques
(à la maison et ses abords), les accidents extérieurs (trottoirs, magasins...),
accidents scolaires, accidents de sports et accidents de vacances et de
loisirs.
Depuis longtemps, les gouvernements et de nombreuses
institutions mettent l’emphase sur la prévention d’accidents à la maison et
dans l’entourage. Plusieurs prétendent que la plupart de ces accidents ne
sont pas vraiment accidentels et qu’ils pourraient être évités en prenant
des mesures préventives élémentaires. Certains accidents sont-ils davantage
prévisibles que d’autres ?
En France, les
accidents domestiques (intérieur et extérieur immédiat de la maison)
représentent près de 50 % des accidents de la vie courante, (Institut national
de la santé et de la recherche médicale - Institut national de veille
sanitaire). Voici d’autres résultats tirés de la même source.
·
Chez
les enfants de moins de 15 ans, les lieux d'accidents sont identiques quel que
soit le sexe, le plus souvent à l'intérieur de la maison (36 %) ; les
aires de sports et de jeux sont le théâtre de 17 % des accidents
d'enfants.
·
Les
chutes constituent de loin le mécanisme le plus fréquent (55 %), suivi des
coups et collisions (18 %).
·
42 %
des accidents d'enfants entraînent des contusions ou hématomes, 23 % des
plaies ouvertes, 14 % des fractures et 9 % des entorses. La tête est
touchée dans un tiers des cas, les membres plus d'une fois sur deux.
·
Subsistent
en outre les risques d'intoxication accidentelle (faible chez les enfants), de
suffocation (la mortalité infantile liée à ce risque a fortement diminué au
cours des dernières années) et de brûlure (feu, objets ou liquides chauds).
En consultant de nombreux sites Internet sur le sujet,
il est possible d’obtenir des statistiques semblables. On y apprend que certains
endroits dans la maison sont propices aux accidents et, en plus, que certains
types d’accidents sont plus fréquents que d’autres. En sachant cela, il ne
reste plus qu’à concentrer nos efforts de prévention sur ces endroits ou ces
événements qui sont le théâtre de la plupart des accidents chez les enfants.
La plupart des publicités qui cherchent à alerter les
parents et les enfants quant aux dangers potentiels des activités courantes qui
se déroulent à la maison sont bien conçues et fort informatives. Cependant, on
traite trop souvent les accidents comme des événements fortuits et sur lesquels
l’enfant n’a pas de contrôle. Hors, il est probable que bien des accidents
surviennent à la suite d’un risque que l’enfant a pris sans se soucier des
conséquences négatives qui sont parfois tout aussi probables que les
conséquences positives qu’il souhaitait. Il peut se croire en contrôle dans une
situation alors qu’il ne l’est pas du tout. Il n’a pas encore acquis assez de
revers de toutes sortes pour lui permettre d’anticiper plusieurs scénarios
lorsqu’il se livre à une activité régulière et courante.
Plus l’enfant avance en âge, plus il prend de risques
dans la maison et dans les environs. Ses intérêts et ses activités se
multiplient, sans compter qu’il explore un voisinage de plus en plus étendu.
Les risques d’accidents augmentent avec l’âge et la diversité des événements,
surtout s’il n’a pas acquis de bons réflexes de prudence.
La prévention des accidents domestiques n’est pas
l’apanage des parents seulement. En fait, il vaut mieux pour les parents de montrer
le plus tôt possible à leurs enfants comment gérer les situations de risque à
la maison. L’escalier ne peut tout de même pas être éliminé, pas plus que la
cuisinière et la baignoire. Plus vite les enfants apprendront à reconnaître les
dangers liés à la cuisinière, à l’escalier et à la baignoire moins nombreux
seront les accidents domestiques.
Il est fort à parier que les enfants qui apprennent
tôt des mesures préventives d’accidents dans certaines situations domestiques
peuvent plus aisément gérer de nouvelles situations à risque hors du foyer. Un
enfant prudent à la maison le sera également dans des activités sportives et
récréatives à l’école.
Il est crucial de rendre les enfants responsables
et autonomes dans les situations à risque de sorte qu’ils apprennent dès
que possible comment éviter les accidents tout en menant une vie normale où les
défis à relever sont permis et les risques apprivoisés.
Les parents peuvent toujours aseptiser, pour
ainsi dire, la maison de multiples sources d’accidents. Ce faisant, les enfants
ne deviennent pas plus prudents et vigilants pour autant. Ces parents agissent
de façon responsable, il est vrai. Mais, ils doivent surtout amener l’enfant
à développer sa perception du risque et sa capacité à prévoir les dangers liés
à une situation. Un jour ou l’autre l’enfant devra traverser la rue sans la
présence de ses parents. Aussi bien lui apprendre à le faire de façon
sécuritaire.
Pour que l’enfant anticipe mieux des dangers de la vie
courante, ne serait-il pas plus approprié et efficace que l’enfant analyse
des événements qu’il a vécus, événements qui l’ont laissé frustré, déçu et même
accidenté ? Nous croyons que cet effort d’introspection aiderait l’enfant à
raffiner sa perception du risque et sa capacité à anticiper des événements
malheureux afin de mieux les éviter.
Cette approche semble plus prometteuse parce qu’elle
est plus personnelle et plus significative pour l’enfant. Il fait un
retour en arrière sur des événements qui le concernent, qu’il a vécus et qui
ont un sens véritable. Il n’est pas
appelé à décortiquer des scénarios fictifs : la matière de base de
sa réflexion est constituée de ses propres expériences de vie. Il ne décortique
pas non plus des scénarios probables qu’il va éventuellement rencontrés.
De plus, puisque ces scénarios réels servent de
discussion et d’analyse en classe, il y a de fortes chances qu’ils soient
significatifs pour plusieurs. Un enfant qui raconte un accident qu’il a vécu en
plongeant dans une piscine va sûrement capter l’attention de ses collègues de
classe à cause des liens affectifs qui les unissent, surtout que bien
des enfants savent ce que c’est que de plonger dans une piscine. C’est une
activité familière et courante chez les jeunes.
Proposition no 21. Un programme scolaire devrait permettre à l’enfant se
soumettre à la classe ses expériences vécues de manière à ce qu’il réalise que
d’autres enfants agissent de la même façon et que les incidents autant que les
accidents sont des conséquences inévitables de tout apprentissage normal.
Proposition no 22. Un programme scolaire devrait permettre à l’enfant de
mieux comprendre les imprévus de la vie quotidienne et de mieux s’y préparer.
Il est aussi important pour cet enfant de réaliser qu’il fait partie d’une
communauté d’individus qui sont, plus souvent qu’à leur tour, victimes de
toutes sortes d’événements qui ne tombent pas toujours sous leur contrôle.
17. Quelques éléments d’une
pédagogie scolaire qui vise à aider
les enfants à mieux comprendre et
gérer leurs situations à risque
Avant d’intervenir, on doit faire le choix d’une
pédagogie selon des critères précis. L’efficacité d’une intervention pourrait
dépendre énormément de la nature de cette intervention, du type de pédagogie
mis en place. La pédagogie qui nous paraît idéale comporte les éléments
suivants :
1. Les situations à risque analysées
sont celles vécues dans un passé récent par l’enfant et non des
situations à venir ou des situations où il n’est pas impliqué.
2. La pédagogie de cette
intervention vise à rendre conscient l’enfant des conséquences qu’il a
subies ou qu’il aurait pu subir lors de situations à risque.
3. L’intervention amène
l’enfant à établir un lien entre son niveau d’habileté général et les
conséquences subies dans les situations où cette habileté était requise.
4. Les activités amènent
l’enfant à soupeser les bénéfices qu’il espérait retirer d’une situation
en rapport avec les conséquences négatives qu’il a dû encaisser.
5. Des activités demandent
de l’enfant de généraliser ses acquis à d’autres situations à risque
dont il est conscient.
6. Les activités amènent
l’enfant à reconnaître les émotions vécues lors du déroulement d’une
situation à risque.
7. Comme les conséquences
négatives qu’il a dû subir ont souvent eu des répercussions dans son entourage,
les activités permettent à l’enfant de devenir conscient de l’impact qu’il a eu
sur son entourage à cette occasion.
8. Les situations dites à
risque doivent être présentées, pour la plupart, comme des occasions
d’apprentissage et de défi personnel. L’intervention vise à aider l’enfant à
mieux comprendre ces situations et non pas à l’en effrayer.
9. La démarche générale vise
à amener l’enfant à comprendre pourquoi il a pris un risque, ce qu’il a
appris de cette décision et pourquoi il procéderait autrement ou pourquoi il
maintient son choix encore aujourd’hui.
18. Des exemples de scénarios que
pourraient soumettre les enfants
Voici quelques scénarios fictifs pour illustrer
comment on pourrait procéder en classe pour que l’enfant analyse son expérience
vécue qui comporte un élément de risque.
18.1 Exemple d’une activité avec un enfant en classe
|
|
L’enfant s’est procuré un animal de compagnie, un
chien, il y a trois semaines
|
|
Thème
|
Interrogation
|
1. La motivation initiale
|
1. Amener l’enfant à expliquer pourquoi
il tenait à avoir un chien.
|
2. Les conséquences agréables prévues
|
2. Les plaisirs qu’il escomptait en tirer.
|
3. Les conséquences désagréables prévues
|
3. Prévoyait-il des inconvénients ?
|
4. Son entourage
|
4. Sa décision était-elle partagée par
les autres membres de sa famille ? Qu’en est-il maintenant de leur opinion ?
|
5. La confiance
|
5. Avait-il confiance dans sa capacité à
prendre soin de son chien ? Qu’en est-il maintenant ?
|
6. Le doute
|
6. De quoi doutait-il avant de prendre sa
décision ? Qu’en est-il maintenant de ses doutes du départ ?
|
7. L’expérience
|
7. Que savait-il de l’expérience de
prendre soin d’un chien ?
|
8. Les conséquences réelles
|
8. Quelles ont été les conséquences
agréables et désagréables subies par lui et son entourage ?
|
9. Les imprévus
|
9. Quels sont les imprévus avec lesquels
il a dû composer ?
|
10. Si c’était à refaire
|
10. Si c’était à recommencer, que
ferait-il de manière différente ?
|
18.2 Exemple d’une activité avec un enfant en classe
|
|
L’enfant à bicyclette a failli se faire happer par
un automobiliste
|
|
Thème
|
Interrogation
|
1. Description
de l’événement
|
1. Laisser l’enfant
décrire ce qui s’est passé.
|
2. Familiarité
avec l’environnement
|
2. L’enfant
est-il familier ou non avec l’environnement ?
|
3. Son appréhension
initiale
|
3. Avant
l’incident, l’enfant craignait-il cet endroit particulier ? Lorsqu’il s’y
trouvait, était-il toujours conscient des dangers ?
|
4. La
responsabilité
|
4. D’après
l’enfant, qu’a-t-il fait pour provoquer l’incident ?
|
5. Son habileté à bicyclette
|
5. L’enfant se croit-il assez habile pour
circuler dans l’environnement où s’est produit l’incident ?
|
6. Son
appréhension actuelle
|
6. L’enfant
est-il devenu plus méfiant des automobilistes ?
|
7. Sentiment
d’invincibilité ou de vulnérabilité
|
7. L’enfant
croit-il davantage qu’il pourrait être impliqué dans un accident ?
|
8. Le transfert
d’apprentissage
|
8. Cet incident
a-t-il rendu l’enfant plus alerte dans d’autres situations ?
|
9. Si c’était à
refaire
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9. À l’avenir,
l’enfant va-t-il agir autrement ou conduire d’une façon différente ?
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18.3 Exemple d’une activité avec un enfant en classe
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L’enfant s’est inscrit à un cours de musique, mais
il voudrait quitter
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Thème
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Interrogation
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1. Sa
motivation initiale
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1. Qu’est-ce
qui l’a incité à s’inscrire au cours ?
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2. Les
déceptions
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2. En quoi
est-il déçu ? Quelles sont ses attentes qui ne se sont pas
matérialisées ?
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3. La
consultation
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3. A-t-il
consulté quelqu’un de son entourage ou de sa classe avant de s’inscrire ?
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4. Ses
habiletés en musique
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4. Après
quelques leçons, a-t-il une meilleure idée de son talent musical ?
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5. Les
conséquences pour lui
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5. Quelles sont
les conséquences qu’il doit subir ?
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6. Les
conséquences pour son entourage
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6. Quelles sont
les conséquences que son entourage doit subir suite à sa décision de suivre
un cours de musique pour, ensuite, le quitter ?
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7. Les émotions
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7. Comment se
sent-il après avoir pris sa décision d’abandonner ?
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8. L’image de
soi
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8. Est-il déçu
ou fier de son abandon ? Qu’en pensent les autres de cet abandon en cours de
route ?
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9. Si c’était à
refaire
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9. Qu’a-t-il
appris de cette expérience ?
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19. Les propositions
Proposition no 1. Par le biais d’une pédagogie qui reconnaît à l’enfant
la capacité d’analyser son comportement quotidien et actuel, on pourrait
amener l’élève à prévoir un éventail plus grand de conséquences qui peuvent
découler de ses décisions et de son agir : des conséquences
souhaitées et des conséquences à éviter.
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Proposition no 2. Un programme scolaire devrait amener l’élève à
définir ce qu’il entend par une situation dangereuse.
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Proposition no 3. Un programme scolaire devrait amener l’élève à
constater que les autres élèves connaissent des dangers qu’il ignorait, et
que ces dangers existent vraiment même s’il ignorait leur existence.
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Proposition no 4. Un programme scolaire devrait permettre à l’élève de
soupeser les bénéfices et les risques associés à une activité ou à une
situation.
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Proposition no 5. Un programme scolaire devrait permettre à l’enfant
d’identifier dans des situations de sa vie courante les dangers que les
autres lui occasionnent.
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Proposition no 6. Un programme scolaire devrait amener l’élève à
constater comment il agit en général face au danger, et à comparer son
approche avec celles privilégiées par les autres élèves.
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Proposition no 7. Un programme scolaire devrait permettre à l’élève de
réaliser pourquoi il agit d’une façon plutôt que d’une autre face à des
situations à risque.
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Proposition no 8. Un programme scolaire devrait amener l’élève à
découvrir pourquoi il oublie d’anticiper des dangers lorsqu’il est fortement
intéressé par une nouvelle activité ou aventure.
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Proposition no 9. Un programme scolaire devrait amener l’élève à prendre
conscience des émotions qu’il vit lorsqu’il fait face à des situations à
risque. Lorsqu’il a peur, de quoi a-t-il peur au juste ?
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Proposition no 10. Un programme scolaire devrait permettre à l’élève de
réaliser dans quelles conditions il accepte de prendre un risque et dans
quelles conditions il refuse de prendre un risque.
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Proposition no 11. Un programme scolaire devrait amener l’élève à découvrir
comment éviter les dangers ou à mieux vivre avec.
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Proposition no 12. Un programme scolaire devrait faire découvrir à l’élève
que certaines activités, de par leur nature, comportent des risques et des
dangers plus que certaines autres.
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Proposition no 13. Un programme scolaire
devrait amener l’élève à comprendre ce que les véhicules motorisés
représentent pour lui.
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Proposition no 14. Un programme scolaire
devrait amener l’élève à constater à quel point il est capable de faire les
activités auxquelles il s’adonne régulièrement sans danger.
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Proposition no 15. Un programme scolaire
devrait amener l’élève à réaliser que les dangers sont autant probables que
les bénéfices qu’ils souhaitent retirer d’une activité.
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Proposition no 16. Un programme scolaire
devrait permettre à l’enfant de réaliser que le fait de se sentir en contrôle
dans une situation n’élimine pas les dangers pour autant.
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Proposition no 17. Un programme scolaire
devra amener les élèves à découvrir comment ils sont devenus méfiants face à
certaines situations, comment ils ont développé de l’appréhension envers des
situations particulières qu’ils jugent maintenant comme des dangers.
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Proposition no 18. Un programme scolaire
devrait permettre aux élèves de bâtir un répertoire de situations à risque
pertinentes à leur propre vie quotidienne.
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Proposition no 19. Un programme scolaire
devrait amener chaque élève à apprendre à estimer mieux la fréquence d’un
événement ainsi que la probabilité qu’une conséquence négative survienne.
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Proposition no 20. Un programme scolaire
devrait amener les élèves à réaliser que pour appréhender les dangers on doit
d’abord croire qu’ils peuvent surgir à l’improviste.
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Proposition no 21. Un programme scolaire devrait permettre à l’enfant
se soumettre à la classe ses expériences vécues de manière à ce qu’il réalise
que d’autres enfants agissent de la même façon et que les incidents autant
que les accidents sont des conséquences inévitables de tout apprentissage
normal.
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Proposition no 22. Un programme scolaire devrait permettre à l’enfant
de mieux comprendre les imprévus de la vie quotidienne et de mieux s’y
préparer. Il est aussi important pour cet enfant de réaliser qu’il fait
partie d’une communauté d’individus qui sont, plus souvent qu’à leur tour,
victimes de toutes sortes d’événements qui ne tombent pas toujours sous leur
contrôle.
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20. Sources
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